Dans
les sports où les qualités de vitesse et d’explosivité
conditionnent la performance, de nombreux entraîneurs
sont confrontés à la réticence de leurs
athlètes lorsqu’en période hivernale,
il est question d’aborder le développement foncier.
Ce travail est psychologiquement mal accepté, et lorsque
l’on commence à s’initier à la physiologie
de l’effort et au fonctionnement des filières
énergétiques, on ne voit pas toujours pourquoi
il serait nécessaire de faire des footings de 30 minutes
ou des séries de 400m alors qu’en compétition
on fait des efforts qui ne dépassent pas 10 secondes.
D’où vient cet attachement des entraîneurs
à la filière aérobie quand l’effort
de compétition ne sera supporté que par les
seules filières anaérobies ? Et comme pour apporter
encore un peu d’eau au moulin des récalcitrants,
chacun aura pu constater
que le travail foncier va d’abord temporairement agir
négativement sur les qualités d’explosivité
du sportif.
Il semble donc nécessaire de dire clairement et simplement
ce qui relie les filières anaérobies à
la filière aérobie :
A l’occasion d’un effort bref (jusqu’à
7 secondes) et d’intensité maximale, l’individu
utilise ses réserves d’ATP et de Phosphocréatine
(PC). Après l’exercice, ces réserves sont
resynthétisées au sein des mitochondries grâce
à l’oxygène.
La consommation d’oxygène joue donc un rôle
essentiel durant la phase de récupération pour
permettre la reconstitution des réserves d’ATP
et de PC. Améliorer le fonctionnement de la filière
aérobie, c’est améliorer ses capacités
de récupération
après un effort de vitesse et donc pouvoir réitérer
plusieurs fois ce type d’effort pour s’entraîner.
Il en est de même pour les exercices sollicitant la
filière anaérobie lactique : un bon système
aérobie facilitera et accélérera la transformation
et l’élimination des déchets métaboliques.
Le sujet sera ainsi en mesure de supporter une plus grande
quantité
de travail anaérobie lactique.
En résumé, on pourrait dire qu’améliorer
le fonctionnement de la filière aérobie, c’est
se donner la possibilité de plus s’entraîner
pour améliorer le fonctionnement des autres filières.
«le foncier, c’est pour la récup »
Savoir en quoi et pourquoi c’est utile est une chose,
pour autant le problème de la mise en œuvre des
séances aérobies peut rester posé.
Pour ceux qui doivent faire face à un réel déficit
de motivation, rappelons que la filière aérobie
peut être sollicitée et développée
autrement que par des courses continues et contrôlées
à partir de 70% de la VMA. La pratique d’une
APS différente
(voir l’article sur l’entraînement croisé
SSPP n° 2) ou la mise en place de situations jouées
offrent à l’entraîneur des pistes à
explorer. Il est possible par exemple de proposer une situation
de jeu collectif avec ballon de 3 fois 10 minutes au cours
desquelles il est interdit de se déplacer en marchant…
La présence d’un essoufflement continu et stabilisé
est un indicateur suffisant de mobilisation de la filière
aérobie en capacité.
Pour un travail plus intensif et mieux calibré, les
exercices intermittents courts (alternance effort-récupération
à temps égal) peut apporter un début
de réponse aux problèmes de perte d’explosivité
engendrés par le travail aérobie. Par exemple,
une séance comportant 3 séries de 10 fois 10’’-
10’’(10 secondes d’effort + 10 secondes
de récupération enchaîné 10 fois)
permet au sportif de courir à des vitesses relativement
élevées (120%- 130% de la VMA) tout en faisant
de l’aérobie.
Ces intensités ont l’avantage de mieux préserver
les qualités de vitesse et d’explosivité.
Si ces propositions comportent des limites, elles doivent
ouvrir des voies de nature à réhabiliter le
travail foncier auprès de certains athlètes
en montrant que l'aérobie, ce n'est pas forcément
faire des tours de terrain en courant !
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